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 Hermes Précaire, par Jules Dauvois

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Le Monde
Meujeu
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Date d'inscription : 06/09/2007

MessageSujet: Hermes Précaire, par Jules Dauvois   Jeu 6 Sep - 19:00



La Mystery Machine et son équipage tournent depuis une demi heure dans les rues à sens unique de Paris, cherchant vainement à se garer. Le van est pour le moment bloqué derrière un camion de livraison noir aux vitres teintées, à coté d'un marteau piqueur. Et le temps passe. Le Aiai que l'attente et le tension ambiante rend encore plus agité et agressif tape sur les nerfs de Farid. Il ressent un léger soulagement quand le Aiai se précipite sous la banquette, pour bouder pense-t-il.
Regardant un jeune vomir sur le trottoir d'un air détaché, il aperçoit dans le reflet de la vitre le visage de Dorothy, l' air franchement flippée. Il a rencontré la grande goth il y a trois quart d' heure et, si ça se trouve, elle fait cette tête en permanence pour ce qu'il la connaît.
Son coup d'oeil n' échappe pas à Gédéon qui, largement étalé à coté de lui comme si c'était l'arrière d'une limo et face au mutisme excédé de tout le monde se décide à risquer une réaction.
"Bon on appelle Betty sur son portable et on la prend en double file en bas de chez elle. Ok ?"
la fin de sa phrase et étouffée sous le beuglement de Louis, au volant, que l' immobilisme rend agressif: "Putaaain, tu le bouge ton veau connard là !"
Il appuie son argument d'un long couinement plaintif venant du klaxon fatigué de la Mystery Machine, rappelant furieusement que la machine appartient à un autre temps.
Dorothy, à la place du mort, s' allume nerveusement une clope et sort de son sac en vinyle un portable minuscule envahi de gadgets japonais de collégiennes qui tintinabulent et finissent de l' énerver. Pendant qu'elle cherche dans son répertoire et que le numéro se compose, elle semble psalmodier un truc tout bas.
L' équipage retient son souffle.
"Ouais, Betty, c'était Dorothy, on t' attend devant chez toi dans la Mystery Machine derrière le camion de livraison. Bouge ton cul." Elle raccroche. "Répondeur."
Le Aiai surgit de derrière le dossier de Farid, lui monte sur la tête puis plonge sur ses genoux.
Farid voit qu'il a quelque chose entre ses pattes. Le Aiai le regarde de ses yeux noirs et rond comme des billes, complètement indéchiffrables, puis il tend sa trouvaille à Farid en criant "Aiai". Farid prend délicatement l'objet entre ses doigts sans quitter le regard du Aiai des yeux . Une fois l'échange effectué avec solennité, Farid lui adresse un petit signe de tête en remerciement et s'accorde enfin un coup d'oeil vers l'objet froid dans sa main.
C'est un dé à coudre doré, tout rayé et cabossé. Il lève un sourcil.
Sa contemplation est interrompue brusquement par l'ouverture soudaines des portes arrières du van révélant une superbe brune à l' air féroce en robe de soirée, qui fume un cigare. Elle se penche, ramasse un sac de sport très lourd qu'elle balance dans le coffre. Le sac tombe en faisant bouger le van et en émettant un bruit métallique peu engageant. Puis avec un rictus entre l' impatience et la pure soif de sang elle écrase son cigare dans la paume de sa main en entrant dans le van. Le "tss" du cigare qui s'éteind est très clairement audible par dessus le marteau piqueur. Une odeur acre de peau crâmée accompagne le claquement des portes arrières.
"Bon allez les niais ! Au taf !"
Elle glisse sans délicatesse son superbe corps moulé dans du satin bordeau sur le siège arrière entre Gédéon et Farid.
"Bonjour Betty, nous aussi on est content de te voir. Farid, voici Beethoven de la section Alamut, c'est la brute de poutre du groupe."
Gédéon aperçoit de son regard de serpent le dé que Farid à dans sa main toujours grande ouverte devant lui.
"Oh putain ! T'as trouvé ça où ?" Il enlève ses énormes lunettes mi-teintées pour y regarder de plus près. Tout l' équipage (y compris Louis qui est en plein demi tour) se tourne pour regarder. Farid lève un sourcil et cherche le Aiai des yeux. Il ne le trouve pas.
"La bestiole me l'a donné."
"Ah putain le con ! Il a réussi à remettre la main sur le gom-jabbar!" Dit Louis aussi interloqué qu' amusé. "Ca fait genre deux ans que j' arrive pas à mettre la main dessus. Enfin tu m' étonne si il était là dessous..." Louis fini son U-turn et la tension dans l' habitacle se relâche d'un seul coup quand le véhicule de livraison (dont rien ni personne n'est sorti) disparaît de leur vue.
Farid regarde longuement le dé à coudre et le met au bout de son index gauche. Il lui va parfaitement malgré ses gros doigts. Il croise le regard de Louis dans le rétroviseur.
"Heu, c'est à vous m'sieur , je vous le rend ou j'en fait quoi ?
-Garde le gamin, tu l' as retrouvé, il est à toi." Farid lève un sourcil.
"Une bestiole magique qui te donne un artefact disparu, ce serait n'importe quoi de te le reprendre. Et puis de toute façon il est bloqué sur ton doigt maintenant non ?"
Farid tire sur le dé qui reste solidement fixé au bout de son index gauche. "Oh putain."
Louis et Gédéon partent d'un grand rire sonore et Dorothy lui tend une clope entièrement noire et avec un sourire lui dit " la vie d'un mage n'est qu'une suite de coïncidence, te voilà en route vers la vrai vie, il va falloir te trouver un nom."
Une bouffée de panique submerge Farid qui réalise soudain qu'il met les pieds dans un trucs qui le dépasse. Il se tourne vers Gédéon qui affronte son regard sévère avec ses yeux inhumains de reptile affamé.
"Et si je ne veux pas? Je sais même pas ce que vous êtes, ce que vous représentez et ce que vous comptez faire de moi.
-Tu as passé le rideau devant mes yeux à une vitesse ahurissante, tu es né pour nous suivre et tu le sais. N'est-ce pas ?"
Et Farid le sait, comme il sait qu'il faut toujours regarder les chauffeurs de taxi dans les yeux quand on traverse, comme il sait que les gens ne se jettent pas sur les rails du métro mais ce sont les rails qui prennent les esprits faible au piège. Il l'a toujours su quand chaque nuit, entre la veille et le sommeil il entend la musique de cristal du désert de ses rêves.
Farid ne trouve nul part ou fuir, physiquement et mentalement. Il se résigne et accepte finalement la clope de Dorothy.
"Sa mèèère !"
Farid sent le Aiai grimper le long de sa jambe. Il se pose sur ses genoux et semble s' endormir. Farid se penche en avant pour parler à Gédéon.
"Ca veut dire que quand tu m' as embrouillé à Nation c'était un coup monté ?
-naaan, juste une intuition. là où j'ai réalisé c'est après, quand on était tout les deux en cellule au commissariat et que tu as instinctivement évité de regarder ce que je traçais sur le mur."
-sa mère ! t' embrouille souvent des gens comme ça dans le métro ?
-Héhé ! Tout le temps ! Ca commence à faire un certain temps que je cherche un mec comme toi."
Farid reste un temps hébété par tout ce qu'il lui arrive d'un coup dans la tronche puis regarde le Aiai dormir.
"Alors il me faut un autre nom, c'est ça ?"
"ouais" Louis prend un ton didactique qu'il semble particulièrement aimer. "Une des règle de la magie c'est que le vrai nom de quelque chose est en partie la chose elle même. C'est pourquoi pour éviter un tas d' emmerdes les mages et les gens qui traînent avec eux changent de nom par précaution. Des questions ?
- Mais vous connaissez tous mon vrai nom ici, à quoi ça sert que j'en ai un autre?
-Ouais c'est pas faux mais d'un autre coté on sait que ton prénom d'une part, c'est plutôt limité, et d'autre part c'est pas vraiment nous qui serons une menace pour toi. Enfin à priori ...
-Bon. Je peux juste savoir qui on est et à quoi on sert avant de trouver un nom ?
-nan. Ce serait moins spontané. Et le processus d'intégration doit de toute façon commencer par là. D'autre part on va participer dans le processus.
-Oh putain. J' peux réfléchir avant ?
-Non, ça va se faire ensemble.
-On va où au fait déjà ?
-A Vierzon dans le Cher... genre deux ou trois heures de routes si le périph' roule."
Dorothy tire furieusement sur sa clope, l' air un bout flippée.
La nuit commence à tomber. La fraise de la clope de la grande goth rougeoie et se reflète dans ses yeux.
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